Bien utiliser les anaphores

L’anaphore, comment bien l’utiliser ? Exemples

Parmi les nombreuses figures de style littéraires, il y en a une qui est assez drôle à utiliser. Il s’agit de l’anaphore. Oui, le mot semble compliqué. Mais rassurez-vous, vous connaissez cela par cœur et avez sans doute croisé des tonnes d’anaphores dans votre vie. Car ce procédé stylistique (et rhétorique) est utilisé dans de nombreux domaines : de la poésie au théâtre, en passant par le roman. On croise également beaucoup l’anaphore dans la publicité, la chanson ou encore dans les discours politiques. C’est dire s’il est temps de s’y intéresser…

 

L’anaphore, définition

L’anaphore (du grec ancien ἀναφορά, qui signifie reprise) est une figure de style de la famille des répétitions. Ce procédé consiste à commencer des phrases, des paragraphes ou des vers par un même mot ou groupe de mots (dans ce cas, on parlera parfois de syntagme).

En cela, elle s’oppose à l’épiphore, qui consiste, elle à répéter un mot ou groupe de mots en fin de phrase ou de paragraphe.

 

Les effets de l’anaphore

Pourquoi l’anaphore est-elle aussi prisée ? me demanderez-vous.

Eh bien, c’est très simple : elle est assez facile à mettre en place (bien qu’il faille se méfier de cette apparente simplicité), et très puissante pour catalyser un texte.

 

Voici les différents effets de l’anaphore :

– Rythmer votre phrase ou paragraphe.

– Créer un effet de symétrie.

– Amener de la musicalité dans cette partie de votre récit.

– Donner du peps ou de l’intensité.

– Amener un effet incantatoire, voire même hypnotique.

– Porter l’attention du lecteur sur un élément crucial du récit, à force d’insistance.

– Créer un sentiment d’urgence.

– Renforcer une impression ou une émotion, en créant un effet d’accumulation.

– Ménager un effet de surprise ou une chute, si votre dernière phrase comporte un changement ou une révélation.

– Créer un effet d’attente (parce que le lecteur se doute parfois que vous n’avez pas sorti votre anaphore, juste pour le plaisir de vous répéter).

Oui, l’anaphore peut être puissante lorsqu’elle est bien utilisée. J’ai envie de vous dire que ça n’est pas pour rien qu’on la retrouve dans de nombreux discours politiques (on y reviendra).

 

 

Exemples d’anaphores en poésie

L’anaphore est une figure de style de la répétition, qui permet d’amener de la musicalité et de la symétrie dans un texte. Cela ne vous surprendra donc pas trop si je vous dis qu’elle est beaucoup utilisée en poésie.

Et cela ne date pas d’hier…

On trouve ainsi de nombreuses anaphores dans les ballades du Moyen Âge.

 

Anaphore dans un poème du Moyen-Age

 

Joachim du Bellay était également un fervent utilisateur d’anaphores.

 

Anaphore chez Joachim du Bellay

 

Et bien plus tard, on retrouva ce procédé dans les œuvres de Victor Hugo, Guillaume Apollinaire, Louis Aragon, Paul Éluard, etc.

 

Anaphore chez Aragon

 

 

Exemples d’anaphores en théâtre

L’impact de l’anaphore n’a évidemment pas échappé aux grands tragédiens. Mais même les auteurs de théâtre modernes y ont recours.

Il faut dire qu’à l’oral, une bonne anaphore peut faire son petit effet.

Voici un exemple, pioché chez Corneille (tiré de la pièce Horace) :

 

Anaphore chez Corneille

 

 

Je ne peux m’empêcher de vous mettre un extrait d’une tirade de Cyrano de Bergerac, dont j’adore l’anaphore « Non, merci ! », qui est d’une force incroyable.

 

Anaphore dans Cyrano de Bergerac

 

Je vous l’accorde, à l’oral, on jurerait avoir affaire à une épiphore, mais le « Non, merci ! » est bien en début de vers.

Le point d’orgue de cette anaphore venant un peu plus loin dans la tirade, quand Edmond Rostand renforce davantage encore la répétition (ce qui donne une intensité particulière à ce « Non, merci ! » d’anthologie) :

 

Non merci - Cyrano de Bergerac

 

Voici un autre exemple d’anaphore utilisée dans un texte écrit pour le théâtre contemporain, qui est beaucoup plus récent (et qui n’implique pas de strophes ou de rimes). Il s’agit d’un passage d’Histoires d’hommes, de Xavier Durringer.

 

Exemple d'anaphore en théâtre contemporain

 

Ce texte se termine avec une petite modification du temps grammatical, qui renforce l’effet de chute. Car oui, une anaphore pourra reprendre à l’identique le mot ou groupe de mots qu’elle répète. Mais elle pourra aussi jouer sur un effet de surprise ou de chute, en modifiant celui-ci.

 

 

 

Exemples d’anaphore dans le roman

Bien évidemment, la poésie et le théâtre ne sont pas les seuls genres littéraires à apprécier les figures de styles de répétition. La bonne nouvelle, c’est d’ailleurs que l’anaphore fait toujours son petit effet lorsqu’elle est utilisée dans un roman.

Elle peut bien sûr être utilisée au sein d’un seul chapitre ou d’un même paragraphe. Mais elle peut aussi être une sorte de fil rouge qui va jalonner tout le roman.

 

Bon, on a tous en tête le célèbre recueil de fragments de Georges Pérec, Je me souviens. Dans ce livre, il énumère pas moins de 480 « Je me souviens », ce qui doit en faire une sorte de recordman de l’anaphore (et juste pour l’anecdote, sachez qu’en plus des anaphores, Georges Pérec aimait aussi beaucoup les chats 😉 ).

 

Je me souviens de Georges Pérec

 

Vous trouverez également une utilisation assez intéressante de l’anaphore dans le roman Je suis le genre de fille de Nathalie Kuperman. Ici, l’auteure a choisi de commencer tous ses chapitres par « Je suis le genre de fille… ».

 

Anaphores - Nathalie Kuperman

 

En littérature, les exemples d’utilisation de l’anaphore ne manquent pas. Et j’avoue que j’aime assez cette figure de style (bon, j’avoue que j’aime les effets de répétitions et d’accumulations et que je les utilise volontiers dans mes textes).

Si j’avais un conseil, ça serait toutefois d’éviter la facilité, ou d’utiliser l’anaphore pour renforcer une émotion au point de verser dans la sensiblerie. C’est un peu le piège avec la répétition et l’accumulation, il faut utiliser ces procédés littéraires avec nuance.

 

Je sais que mon blog est avant tout un blog d’écriture, mais je ne peux m’empêcher de prolonger un peu cet article avec des exemples où l’anaphore est utilisée dans un contexte non-littéraire.

Vous verrez à quel point elles sont partout…

 

Exemples d’anaphores en politique

L’anaphore est un des plus anciens procédé rhétorique. Historiquement, elle était utilisée par les orateurs.

Et… elle l’est encore. Sauf que les orateurs sont maintenant des hommes politiques.

 

Je crois que vous avez tous en tête le célèbre « Moi, président » de François Hollande, qui a été largement commenté à l’époque. La scène s’est déroulée lors du débat qui opposait les deux candidats à la présidentielle de 2012. C’était l’une des dernières occasions qu’il leur restait de parler en public avant le second tour des élections.

La séquence a duré plus de 3 minutes. François Hollande répondant à la question de Laurence Ferrari « Quel président comptez-vous être ? », répéta 15 fois son « Moi, président de la République ». Je crois qu’on peut dire qu’il savait ce qu’était une anaphore, et ce qu’elle provoquerait chez son auditeur.

 

En réalité, la puissance de l’anaphore a souvent été utilisée dans des discours d’ordre politique ou à visée sociétale.

Il a eu le « J’accuse » d’Émile Zola, le « I have a dream » de Martin Luther King, le « Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! » du Général de Gaulle… et bien d’autres encore.

 

 

Exemples d’anaphore en publicité

La répétition fixe la notion. Je ne sais pas si vous connaissez cette expression, mais en tout cas, les publicitaires, eux la connaissent.

Et ça n’est pas pour rien que l’anaphore est une de leurs meilleures alliées pour venir ancrer un message dans votre esprit, durant votre temps de cerveau disponible.

 

Attention : ne lisez pas les lignes suivantes, si vous ne voulez pas entendre en boucle des petites phrases super énervantes durant les heures qui suivent.

 

Exemples d'anaphoresSi je vous dis :

–  T’as faim ? T’as soif ? T’as Yop !

– Mangez bon, mangez bio, mangez Bjork

– Zéro tracas, zéro blabla

– Carglass répare. Carglass remplace

 

Vous me dites quoi ? Oui, bon d’accord, vous me dites que vous me détestez parce que je viens de vous remettre en tête des trucs que vous auriez préféré oublier.

Mais, si ce n’est pas de l’anaphore, ça, alors je remballe mon article !

 

 

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2 commentaires

  • Pascale

    Salut ! Article très intéressant. Sans m’en rendre compte je l’ai utilisé dans mon roman, je ne connaissais pas le nom de cette figure de style. Je n’ai pris note. Merci mille fois pour tes articles permettant d’enrichir nos textes.

  • isabelle yvelin

    Hello, e ne connaissait pas le nom de cette figure de style, c’est vrai que ça donne de la vigueur au texte.
    C’est quand même dingue le fonctionnement du cerveau parce en te lisant il m’est revenu l’anaphore (donc) de Jacques Prévert « Rappelle-toi Barbara ». Merci pour cet article très intéressant
    @+ Isabelle

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