épilogue

Écrire un épilogue, à quoi ça sert ?

Au moment d’écrire la fin d’un roman, certains écrivains optent pour l’ajout d’un épilogue, plutôt que d’une simple conclusion de chapitre. Un épilogue, qu’est-ce que c’est ? Et surtout à quoi ça sert ? Ben oui, pourquoi ne pas se contenter d’un dernier chapitre tout bête avant d’écrire le mot fin de votre livre ? Le moment est venu de s’intéresser à cette forme particulière d’excipit pour voir son intérêt et ses pièges. Mais nous n’allons pas épiloguer plus longtemps… Entrons sans plus attendre dans le vif du sujet !

 

Les origines de l’épilogue

Le mot épilogue vient du mot grec ἐπί (epi), qui signifie en plus, sur ou au-dessus, et λόγος (logos) qui signifie parole ou discours. L’épilogue est donc littéralement les «mots supplémentaires» ajoutés à un discours.

Les épilogues trouvent leur origine dans la Grèce antique, non pas dans le théâtre mais dans les discours classiques. L’épilogue est l’une des quatre composantes d’un discours, selon Aristote.

Ils ont ensuite glissé vers le théâtre classique. Constituant d’abord un discours récapitulatif, l’épilogue est ensuite devenu un petit discours en vers prononcé par un acteur à la fin de la pièce, qui saluait le public et réclamait ses applaudissements.

 

Ce que l’épilogue n’est pas

 

Ça n’est pas une chute

On parle de chute, lorsqu’un récit s’achève par une phrase ou un paragraphe qui crée l’effet de surprise et amène le lecteur à reconsidérer l’histoire sous un jour nouveau.

Alors, certes, l’épilogue peut avoir une chute. Mais il sera un peu plus que cela.

 

Ça n’est pas une simple conclusion

S’il ne s’agissait que d’écrire une conclusion, alors l’auteur n’aurait pas besoin de l’emballer dans un épilogue. Là encore, l’épilogue va plus loin et fait sortir le lecteur du cadre dans lequel il a évolué jusque-là.

 

Ça n’est pas un dénouement

Ne commettez pas l’erreur de traiter votre épilogue comme un dénouement. Car, au moment où le lecteur arrivera à l’épilogue, le dénouement devra avoir déjà eu lieu. Ici, il sera trop tard pour gérer cette partie de l’histoire.

 

Ça n’est pas une postface

La postface est un texte plutôt à caractère explicatif, placé par l’auteur ou par un contributeur à la fin de son livre. Une postface consiste plutôt en un complément d’information ou un avertissement concernant le contexte de l’histoire. Ici on entendra plus la voix de l’auteur que celle du narrateur.

 

Ça n’est pas une morale

Même si l’épilogue peut comporter sa petite dose de morale (en mode la suite de l’histoire montrerait que tel personnage qu’on a pris pour un fou avait finalement raison, etc.), ce n’est pas de cela dont il s’agit ici.

 

Vous allez me dire « Cool, Cécile, mais du coup… qu’est-ce que c’est qu’un épilogue ? ». J’y viens, j’y viens.

 

L’épilogue, qu’est-ce que c’est ?

 

Définition un peu technique

L’épilogue est un excipit.

Ouhla… ça devient compliqué !

Pas de panique. L’excipit, ce sont les dernières lignes d’une œuvre. Il est donc l’opposé de l’incipit, qui lui, désigne le tout début du roman. Le terme excipit est un synonyme un peu plus sympa du mot savant explicit (celui-ci fait référence à la formule latine explicit liber, qui concluait les manuscrits du Moyen Âge).

 

Concrètement, vous pouvez avoir 2 formes d’excipit :

– une fin de chapitre normale, avec une dernière phase qui laisse votre lecteur sur les fesses tellement elle est puissante. On appelle également cela une clausule.

– Ou un épilogue, qui se détache de l’histoire tout en lui apportant une conclusion, qui laissera également votre lecteur sur les fesses. Mais d’une autre manière.

 

Dans le premier cas, la fin découle du reste de manière fluide et continue. Dans le second cas, la fin aura un goût différent car on y apportera un point de vue légèrement décalé, qui fera parfois reconsidérer tout le roman.

L’épilogue est donc un chapitre supplémentaire, qui vient s’ajouter après la fin de l’histoire.

Il y a un autre endroit du livre où l’on peut ajouter un chapitre supplémentaire, qui apporte des informations sur l’histoire sans faire complètement partie de celle-ci. Il s’agit du prologue (qui est souvent opposé à l’épilogue, évidemment).

 

Ces épilogues qui ne disent pas leur nom

Dans cet article nous allons parler des épilogues qui portent vraiment ce nom. C’est-à-dire de ces derniers chapitres intitulés « Épilogue ».

Sachez cependant qu’au sens narratif, les dernières lignes du dernier chapitre d’un roman peuvent parfois être appelées « épilogue ». On entendra alors les gens parler de l’épilogue d’une histoire pour simplement évoquer la fin de celle-ci.

Le plus célèbre de ces épilogues qui ne dit pas son nom étant « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ».

 

Par ailleurs, certaines fins de romans pourraient parfois être requalifiées en épilogues. Je pense notamment à ces fins qui projettent le lecteur quelques années plus tard, et lui expliquent ce que sont devenus les personnages après la résolution de l’histoire.

Par exemple, le dernier chapitre du Château de ma mère, pourrait être considéré comme un épilogue puisque Marcel Pagnol y explique comment plus de 15 ans plus tard, le hasard d’un tournage l’a fait revenir sur les lieux de son enfance et comment il se saisit de l’occasion pour « venger » sa pauvre mère.

 

À quoi sert un épilogue ?

Certains disent que les auteurs qui ajoutent un épilogue à la fin de leur histoire le font parce qu’ils n’ont pas suffisamment bien travaillé leur intrigue. Comme si ce chapitre supplémentaire était une béquille destinée à redresser un roman qui ne pourrait pas tenir debout tout seul.

Franchement, je ne crois pas qu’il s’agisse de cela.

 

L’épilogue peut avoir un réel intérêt pour le récit à condition d’être bien amené. Ce qui exclut donc toute improvisation. C’est même une singulière façon de se compliquer la vie que d’ajouter un épilogue à son récit. Je ne crois donc pas qu’il faille y voir une sorte de facilité d’écrivain en manque d’inspiration.

 

Voici plusieurs raisons qui peuvent pousser un auteur à inclure un épilogue à son histoire :

 

Donner des nouvelles des personnages

Bon dit comme ça, ça fait un peu ringard, je sais. Mais disons qu’après avoir clos tous les arcs narratifs d’une histoire, un épilogue peut permettre d’ouvrir un peu le cadre, et de faire définitivement retomber la tension dramatique en présentant ce qu’il advint de chacun.

C’est un peu ainsi que fonctionne la fin des Trois mousquetaires.

Dans un autre registre littéraire, avec La classe de mer de Monsieur Ganèche, un roman jeunesse de Jérôme Bourgine, on retrouve par exemple les enfants et leur instituteur, quelques temps plus tard, et on les voit recevoir un prix suite à leur aventure. Une sorte de petite cerise sur le gâteau.

 

Amener un peu de recul à l’histoire

Dans Les Petites reines, un autre roman jeunesse de Clémentine Beauvais, on retrouve l’héroïne et ses comparses quelques semaines après la fin de leur aventure rocambolesque. Et on assiste à une sorte de debrief allégorique de ce qu’elles viennent de vivre ensemble, avec l’image de ces chevaux qui réussissent à s’envoler plutôt que de tomber dans le vide qui les guettait.

 

Ancrer les personnages dans un changement (de lieu, d’état psychologique, etc.)

Dans La Liste de mes envies, le roman de Grégoire Delacourt, le dernier chapitre est un épilogue qui ne dit pas son nom, mais qui en a toutes les caractéristiques. On sort de la narration à la 1ère personne et on nous donne à lire les mails qui s’accumulent dans la boîte de Jo. Ce qui marque le fait qu’elle ait abandonné son activité professionnelle, changé de lieu de vie, etc.

On y découvre qu’elle ne poste plus sur son blog, qu’elle a envoyé un cadeau extravagant aux jumelles, que sa fille va bientôt devenir maman, et que son ex-mari est décédé (de manière détournée, mais explicite : « On imagine que tu sais ce qui est arrivé à Jo, comment les voisins ont prévenu la police à cause de l’odeur… »). Ici, l’épilogue marque bien le fait que l’héroïne est loin de tout cela maintenant.

 

Épaissir le cadre temporel

L’un des rares exemples qui me vient pour illustrer le cas d’un épilogue qui épaissit le cadre temporel d’une histoire, est le livre Pour lui, de Peggy Silberling. Tout le récit se déroule sur une seule journée entre 15h30 et 17h55, avec beaucoup de flashbacks. Et celui-ci se termine par « Je ne sais pas encore qu’il me faudra presque deux ans avant de revoir mon fils ».

L’épilogue est extrêmement long, 25 pages. Il est même assorti d’un titre comme un chapitre « Suite, sans fin ». Il revient sur ces presque deux ans, et surtout sur la façon dont la plainte de la mère a abouti. Ici, l’ellipse nous propulse dans le « futur », certes, mais non sans nous montrer à quel point le temps a dû paraître long à la narratrice (qui est ici l’auteure, puisque le récit est autobiographique).

 

Apporter des informations qui donnent un éclairage nouveau au roman

Honte à moi, je n’ai pas d’exemple qui me vient en tête pour illustrer ce point. Mais disons que dans certains cas, les éléments distillés lors de l’épilogue peuvent amener le lecteur à complètement reconsidérer tout ce qu’il vient de lire.

Un peu comme Dave Kujan, qui se rend compte qu’il s’est fait baladé comme un débutant par Verbal Kint, dans l’épilogue non-romanesque mais anthologique,  de Usual Suspect. J’espère ne pas vous spoiler le film…

 

Laisser la porte ouverte à une suite

Je vais prendre l’exemple d’un autre roman jeunesse assez sympa. Il s’agit de Super Vanessa et la crique aux fantômes, de Florence Hinckel, où l’épilogue paraît gentillet (« finalement, on a juste été grondés, même pas jetés en prison », etc.), jusqu’au moment où l’on s’aperçoit que l’ennemie publique numéro 1 vient de s’échapper de la prison où elle était enfermée, présageant ainsi une nouvelle aventure à venir (et faisant au passage un clin d’œil démoniaque à l’un des bonus du livre).

D’une manière générale, les Avengers sont souvent de bons exemples d’épilogues qui ouvrent la porte à une suite.

 

Fermer la porte à une suite

Mais un épilogue peut aussi faire tout le contraire… C’est le cas de toutes ces fins où l’on nous montre les personnages 5 ans, 10 ans, ou 20 ans plus tard. Laissant peu de chances à un rebondissement. Et posant en tout cas le fait que si l’on présente un personnage dans l’épilogue d’un tome 1, ou 19 ans plus tard dans le cas de Harry Potter, il risque fort peu de mourir dans d’atroces souffrances dans le tome 2…

À noter cependant : un épilogue en « 10 ans plus tard » qui présenterait une situation étonnante pourrait alors devenir une porte ouverte pour un nouvel épisode qui montrerait comment on a pu en arriver là (et l’épilogue servirait alors de prolepse à un futur tome). Eh oui, il y a de quoi s’amuser…

 

Présenter un point de vue différent sur l’histoire qui vient de se dérouler

C’est un peu le mode de fonctionnement de Jacques le Fataliste où le narrateur nous laisse en carafe et passe la main à un autre témoin des faits, qui apportera un éclairage différent et surtout des éléments dont le narrateur dit ne pas disposer.

 

Rendre justice aux victimes

L’épilogue de La Vérité sur l’affaire Harry Québert, tente ainsi de remettre les choses à la place qu’elles auraient toujours dû occuper, avec la parution du livre de Luther Caleb, et la sortie du futur best-seller du narrateur, qui s’appellera (quelle coïncidence) La Vérité sur l’affaire Harry Québert. Une petite pirouette en forme de mise en abîme qui a donné le tournis à bien des lecteurs.

 

 

 

Quelques précautions à prendre pour rédiger un épilogue

Votre épilogue va être la dernière chose que votre lecteur aura sous les yeux avant de refermer votre livre. Il doit donc être particulièrement bien construit. Et particulièrement bien amené.

 

L'épilogue, à quoi ça sert ?Vous devez surtout éviter :

– D’y construire une fin qui serait trop éloignée de la vraie fin de votre intrigue. Vous vous retrouveriez alors avec 2 fins pour votre roman. Ce qui peut poser problème.

– De le poser là, sans réelle raison. Juste comme une lubie d’écrivain.

– De partir trop loin, et d’emmener votre lecteur dans une situation qui n’aurait presque plus de lien avec l’histoire que vous venez de lui raconter.

– D’opter pour un ton qui serait trop en décalage avec ce qui a précédé. Si vous terminez votre roman sur une scène tragique, évitez d’y ajouter un épilogue ironique ou comique. Ça risquerait de vous attirer des ennuis.

 

Un exercice pas évident que celui de l’épilogue. Mais un exercice extrêmement intéressant, qui, si vous le réussissez pourra surprendre votre lecteur jusqu’à la dernière ligne, voire même jusqu’au dernier mot.

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